Ce samedi 17 octobre a réuni 800 000 manifestants, selon les organisateurs et la CGT. 550 000, selon le ministère de l’Intérieur.

Une adolescente de 17 ans a perdu un œil à Mulhouse. Il y a eu un mort à Paris : un manifestant décédé après un arrêt cardiorespiratoire. Plus de 500 personnes ont été en garde à vue, 346 personnes majeures et 171 mineurs, a indiqué le parquet de Paris dans un bilan « pas encore consolidé ». Il y a eu à travers toute la France plus de 2000 interpellations.
Il est 13h. A République, à peine sorties du métro, il est impossible de respirer. Le gaz nous envahit et une fumée blanche nous encercle. Déjà dans le métro, la police était sur le quai et fouillait des sacs. Ils sont partout dans le métro. Et puis à l’extérieur. À peine sortis, l’ambiance est déjà anxiogène : Gilet pare-balles, casque de protection, bouclier antiémeute, cache-cou tubulaire… Ces mêmes agents qui ont saisi l’intégralité du matériel de protection d’un journaliste de Blast, malgré sa carte de presse, en argumentant entre autres : l’interdiction «pour une personne de dissimuler volontairement tout ou partie de son visage sans motif légitime».
Des manifestants sont là depuis 00h, d’autres depuis 10h. La mobilisation a commencé très tôt et, très tôt, les forces de l’ordre ont blessées. Toutes les trente secondes, des détonations retentissent, ce sont les grenades assourdissantes. Ce sont ces mêmes grenades qui avaient explosé la main d’un jeune manifestant à St Etienne. Sur le plateau d’émission de France 2 Télématin, le ministre de l’Intérieur a déclaré que ces grenades assourdissantes pourront être utilisées en cas de « violences urbaines extrêmement graves ». Est-ce que c’est pour ça qu’on en a entendu exploser toutes les trente secondes pendant des heures ?
Les policiers ont confisqué durant toute la manifestation le sérum physiologique des manifestants, et tout ce qui servait à protéger. Eux, qui sont si bien protégés contre les violences qu’ils commettent.
Il y aura forcément quelqu’un qui vous parlera de ces chiffres : 997 policiers et gendarmes blessés dont 7 graves. Comme tout le monde vous parlera de ces vitrines cassées, des magasins pillés. Presque aucun média ne parle de ces cortèges pacifiques qui ont eu lieu. Pourtant, ceux qui y manifestaient y étaient nombreux. Les médias s’indignent des conséquences matérielles d’une manifestation. Le gouvernement ne s’est jamais indigné des problèmes systémiques qui ont poussé des milliers de jeunes dans la rue. Vous regardez les vitrines brisées ? Pensez aussi à regarder ce qui est vraiment brisé : le système éducatif, les écoles qu’on abandonne, la justice, les flics qui sont censés protéger mais qui tuent, le manque de moyens… Mais quand Gabriel Attal pense que l’on est dans un système où règne l’égalité des chances, il est dur d’avoir espoir en un avenir meilleur. Les violences qu’on voit, comme pendant le 17 octobre, ce sont quelques minutes sur un écran. Quelques minutes résumés par le chef d’État à : En regardant ces images, nous nous sommes tous demandé : qu’ont-ils dans la tête ? Comment des Français peuvent faire cela à la France ? »
Cela ne veut pas dire qu’on légitime les violences en disant ça, cela veut simplement dire que ces violences que vous voyez, elles sont le résultat d’années à manifester pacifiquement sans être entendu, à des renoncements quotidiens, à des centaines de mois où lorsqu’on est descendus dans la rue, c’est pour s’indigner et espérer ne pas s’installer dans la rue un jour.






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