STEOM, c’est l’innovation française qui relance le débat sur le partage de la charge contraceptive. Une piste prometteuse, mais encore expérimentale. Car derrière cette innovation se pose une question : pourquoi la responsabilité de la contraception repose-t-elle encore si largement sur les femmes ?

C’est quoi le STEOM ?
Julie Prasivoravong est andrologue, rattachée au CHU de Lille. Elle a inventé, avec Jessica Schiro, chercheuse lilloise, le STEOM, un stérilet masculin. Il se pose en 15 minutes, à peine sous anesthésie locale et sans hormones, sur des canaux déférents. Ces canaux sont ceux où cheminent les spermatozoïdes. Son efficacité durerait au moins 3 ans et il serait disponible sur le marché à partir de 2033. Elle explique son fonctionnement :
Le STEOM, en étant posé, va faire dériver le flux des spermatozoïdes, qui ne vont donc pas arriver dans le sperm. Ces spermatozoïdes cheminent normalement dans les canaux déférents mais grâce au STEOM, on va les faire dévier de leurs trajets habituels.
Le projet avait été choisi par le jury du Grand Prix I-Lab 2026. Ce jury a pour objectif de détecter des projets de création d’entreprises de technologies innovantes et de soutenir les meilleurs d’entre eux grâce à une aide financière et à un accompagnement adapté. STEOM avait ainsi bénéficié le 16 septembre dernier d’une aide de 500 000 euros.
Le but de STEOM ? Rééquilibrer la charge contraceptive, trop souvent attribuée aux femmes. Derrière une charge contraceptive, il y a aussi une charge mentale : celles de prendre des rendez-vous ou encore de subir des effets secondaires… Ces effets secondaires ont d’ailleurs été recensés par l’Assurance maladie et Santé publique France.
A ce stade, l’efficacité contraceptive de STEOM chez l’humain n’est pas démontrée. Le dispositif doit encore franchir des étapes précliniques, puis cliniques, afin d’évaluer son efficacité, sa sécurité, sa durabilité et la possibilité de restaurer la fertilité après son retrait. Les premiers essais cliniques pour STEOM sont envisagés autour de 2031, sous réserve des résultats des étapes précédentes.
Une charge contraceptive encore largement féminisée
Pilule, implant, dispositif intra-utérin, patch, anneau vaginal, contraception d’urgence : les méthodes contraceptives ont transformé la vie des femmes et leur ont également imposé une réalité : la prévention des grossesses repose souvent sur leur corps, leur suivi médical et leur capacité à gérer les contraintes quotidiennes.
Les données françaises permettent de mesurer l’évolution des pratiques. Selon l’enquête Contexte des sexualités en France, publiée par l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), 91 % des femmes de 18 à 49 ans concernées par la contraception utilisaient une méthode contraceptive en 2023. Parmi elles, 27,7 % utilisaient un dispositif intra-utérin, et 18,6 % le préservatif. Si la pilule concernait 55,8% des femmes en 2005, en 2023 elles étaient seulement 26,8.
Pourtant, il n’y a pas que la contraception en elle-même qui s’inscrit dans le quotidien des femmes. Avec une prise quotidienne d’un comprimé ou des contraintes d’un dispositif hormonal peuvent s’ajouter les rendez-vous médicaux, les prescriptions, le suivi des effets indésirables et les décisions à prendre en cas d’oubli ou d’échec contraceptif.
Les effets secondaires ne sont pas identiques pour toutes les personnes ni pour toutes les méthodes. Certaines pilules peuvent notamment entraîner des maux de tête, des nausées ou des changements d’humeur ; les contraceptions combinées contenant des œstrogènes comportent également un risque de thrombose. Le stérilet au cuivre peut, lui, accentuer les règles et les douleurs menstruelles. À l’inverse, certaines méthodes apportent des bénéfices médicaux, notamment en diminuant les règles abondantes ou douloureuses.
Des alternatives existent déjà, mais restent limitées
La contraception masculine existe aussi. Et elle ne se limite pas qu’aux préservatifs. Plusieurs méthodes existent déjà en France, même si elles ne bénéficient pas toutes du même niveau de validation scientifique ni du même accès médical.
Le préservatif : une méthode accessible, mais utilisée à chaque rapport
Le préservatif externe reste une méthode essentielle. Il prévient les grossesses lorsqu’il est utilisé correctement et réduit également le risque de transmission de nombreuses infections sexuellement transmissibles. Son efficacité dépend néanmoins de son utilisation à chaque rapport. Il ne répond donc pas aux mêmes attentes qu’une méthode de longue durée.
La vasectomie : une progression importante
La vasectomie consiste à couper ou à obstruer les canaux déférents pour empêcher les spermatozoïdes de se retrouver dans le sperme. Elle est considérée comme une contraception permanente. Une intervention de réversion est parfois possible, mais son succès n’est pas garanti.
En France, son recours a fortement augmenté : 1 940 interventions ont été réalisées en 2010, contre 30 288 en 2022, selon l’étude EPI-PHARE publiée en 2024. Elles ont été multipliées par 15 en 12 ans.
La contraception thermique : une autre piste
La contraception thermique masculine vise à augmenter légèrement la température des testicules en les maintenant près du corps, afin de réduire la production de spermatozoïdes.
Des protocoles sont pratiqués par certains hommes en France. Ils imposent cependant une utilisation rigoureuse, un suivi médical et des spermogrammes de contrôle.
Et la pilule masculine ?
Des recherches portent également sur des gels hormonaux et d’autres contraceptifs expérimentaux. Le principe de certains gels est de freiner temporairement la production de spermatozoïdes grâce à une combinaison hormonale. D’autres travaux explorent des approches non hormonales. Malgré ces avancées, aucun contraceptif hormonal masculin n’est actuellement autorisé en France pour un usage contraceptif courant.
Au-delà de la science, une question de normes sociales
Si la recherche progresse, pourquoi les méthodes masculines restent-elles aussi peu nombreuses ?
La réponse ne tient pas à un seul facteur. La contraception masculine pose de véritables défis scientifiques : il faut réduire suffisamment la fertilité, garantir l’efficacité de la méthode, évaluer les effets indésirables et démontrer que la fertilité peut être restaurée lorsque la personne arrête la contraception.
Mais les obstacles sont aussi culturels, économiques et institutionnels. Pendant des décennies, la contraception a été pensée et organisée principalement autour du corps des femmes. Les pratiques médicales, les habitudes des couples et les investissements dans la recherche se sont construits dans ce contexte.
Le développement d’une nouvelle méthode ne suffira donc pas, à lui seul, à transformer les comportements. Encore faut-il qu’elle soit accessible, que les professionnels de santé soient formés, que les hommes puissent et veuillent s’informer et que la responsabilité contraceptive soit réellement envisagée comme une responsabilité partagée.
Partager la contraception, pas seulement inventer de nouvelles méthodes
L’arrivée éventuelle de STEOM pourrait ainsi élargir les possibilités contraceptives. Elle est la méthode parfaite entre le préservatif, à usage quotidien, et la vasectomie, irréversible dans la plupart des cas. Mais entre un prototype, des essais cliniques et une méthode utilisable en toute confiance, le chemin reste long.
La contraception ne devrait jamais être une responsabilité assignée aux femmes par défaut. Derrière les pilules, les rendez-vous médicaux, les effets secondaires et la charge mentale, c’est une inégalité de genre qui continue de se reproduire jusque dans l’intimité. Et si la recherche sur la contraception masculine avance, elle ne suffira pas à elle seule à faire tomber des décennies de normes patriarcales. Partager la contraception, c’est partager le pouvoir de décider, mais aussi les contraintes, les risques et les responsabilités. Dans une société où les droits reproductifs sont encore contestés et où les corps des femmes restent des terrains de contrôle politique, cette question est loin d’être secondaire. L’égalité ne se proclame pas : elle se pratique, y compris dans l’intimité.
Salomé L.





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