On a tous vu du porno. Mais qui regarde celles qu’on préfère ne pas entendre ? L’industrie pornographique est avant tout une industrie, une industrie qui fait des ravages et qui est l’instrument de la culture du viol.

Le MeToo du porno raconté par 15 victimes et leur porte-voix littéraires. L’industrie française de la pornographie va être jugée dans deux procès majeurs, ceux des affaires French Bukkake et Jacquie et Michel.
Avec Sous nos regards, quinze autrices racontent les violences vécues par des femmes au cœur des affaires French Bukkake et Jacquie et Michel, les deux plus gros scandales du porno français. Dans ces scandales sont évoqués la traite d’humains, les viols et le proxénétisme.
Dans ces affaires, les femmes étaient ciblées dans des moments de grande vulnérabilité (mères célibataires, sans ressources ou sans famille). Les victimes décrivent les tournages comme des viols filmés durant des heures, en réunion, avec insultes, coups, pratiques sexuelles extrêmes non consenties, jusqu’à parfois les faire saigner et s’étouffer.
Une vingtaine d’hommes ont été mis en cause. Le procès s’est montré déshumanisant. En effet, après trois ans d’enquête, ils sont accusés de violences sexuelles et psychologiques envers des femmes recrutées dans l’industrie pornographique amateur mais, malgré les vidéos et les preuves «évidentes», jusque dans la justification des juges, les qualifications de torture et de barbarie, et de sexisme et racisme, n’ont pas été retenues.
Pour l’affaire French Bukkake, au moins quatre hommes ont connu la détention provisoire, dont Pascal OP (producteur) pendant près de quatre ans. Seize accusés doivent être jugés aux assises.
Pour Jacquie et Michel, un ancien acteur/réalisateur a été incarcéré provisoirement en 2022. Michel Piron (fondateur) n’a pas été emprisonné dans cette procédure et n’est plus poursuivi dans les volets le concernant. Il était pourtant mis en cause pour traite des êtres humains en bande organisée et complicité de viol.
En novembre 2024, les juges ont levé sa mise en examen pour complicité de viol, considérant notamment que les éléments extérieurs recueillis ne corroboraient pas suffisamment les déclarations de la plaignante. Il a détruit des femmes, mais évidemment, il n’y avait pas assez de preuves, comme souvent pour la justice française.
Parler de pornographie, ce n’est pas seulement parler de sexualité. C’est aussi parler de pouvoir, de violences sexistes et racistes, d’exploitation et de celles qu’on invisibilise. Parce que derrière cette industrie qui vend du fantasme, il y a surtout une industrie, avec ses rapports de domination, de violences sexistes et racistes, et il y a des femmes qui y sont invisibilisées. Il ne faut pas oublier que le fait d’accepter de participer à un tournage pornographique ne vaut pas consentement à l’ensemble des actes sexuels qui peuvent y être pratiqués. Le consentement doit demeurer libre et peut être retiré.
Lire ce livre, ce n’est pas juste découvrir des témoignages. C’est se demander ce qu’on accepte de ne pas voir. Vous y trouverez des récits écrits et co écrits par Marine Bachelot Nguyen, Adelaïde Bon, Karima El Kharraze, Carole Fives, Alice Géraud, Myriam Leroy, Agnès Vannouvong, Béatrice Bienville, Nadège Cathelineau, Agathe Charnet, Pauline Delabroy-Allard, Ixchel Delaporte, Hélène Devynck et Diaty Diallo. Un livre à retrouver parmi la collection Points.
Salomé L.





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