Rexhino Abazaj, surnommé Gino, est un militant antifasciste albanais. Il est accusé par la Hongrie de violences contre des militant·es néonazis. Arrêté à Montreuil le 12 novembre 2024 par une équipe de la sous-direction antiterroriste, il était menacé d’extradition. Le 9 avril 2025, le verdict avait été rendu : il ne devait pas être extradé. Pourtant, un mois après, c’est désormais l’Allemagne qui réclame son extradition. Deux procès à la suite qui, dans un contexte où le fascisme envahit l’Europe, posent la question de la liberté et de la protection des droits humains.

16 septembre 2026, 14h. Dans les locaux d’Actes Sud, une conférence de presse a lieu. Attablés, Eric Vuillard, écrivain, Laurent Pasquet Marinacce, l’avocat de Gino (et d’autres militant·es) ainsi que Youri Krassoulia. Robert Guédiguian, cinéaste, et Thomas Portes, député LFI, sont également présents. Sandrine Rousseau et Elsa Faucillon, absentes physiquement, réitèrent leur soutien au combat mené par Gino : celui contre le fascisme.
« La justice n’est pas une science » s’exclame Eric Vuillard. Les procès contre les antifascistes se multiplient partout en Europe. Celui de Gino en est la preuve, et l’acharnement qui y est mis pour l’extrader le prouve.
Gino ferait partie d’une « organisation terroriste ». Mais, comme le rappelle l’écrivain, tel est là l’amalgame : il y a des surqualifications pénales. Les peines et leurs appellations diffèrent selon les pays. Ainsi, un antifasciste en France sera considéré comme un terroriste, en Hongrie par exemple. Cela fait partie d’une répression plus large concernant les antifascistes. Ainsi, l’administration hongroise ou américaine a renommé les groupes antifascistes en « groupes terroristes ». Pourtant, c’est en participant à une contre-manifestation néonazie que Gino a été arrêté. En se battant contre le fait qu’il n’est pas normal qu’on puisse célébrer un « jour de l’honneur », soit un défilé néonazi, organisé chaque année en Hongrie. Et ce défilé se fait en uniforme SS. Personne ne peut prétendre ne pas voir l’abjecte signification derrière cette marche.
En Hongrie, c’est fini : Viktor Orban n’a plus sa place. Enfin, à première vue. Pourtant, sa politique, ses idées, sont-elles toujours au pouvoir. C’est ce que rappelait Laurent Pasquet Marinacce, avocat de Gino : on ne peut pas détricoter 12 ans de régime fasciste. On ne peut pas réparer l’image et la présomption d’innocence de quelqu’un, que l’on a fait passer de façon quasi quotidienne comme un criminel, ou un terroriste. Quand des militant·es, sont présenté·es devant le juge pieds et poings liés, avec des gardes surarmés, les gens n’effacent pas ces images. La torture blanche, elle non plus n’est pas effaçable.
Péter Magyar a pris la place d’Orban, mais a refusé d’annuler ce qui avait été fait. Et comme le rappelait l’avocat de Gino, Orban, anticipant une potentielle défaite a pris soin de placer politiquement ses pions pour un potentiel retour, et surtout : pour ne pas que toutes ses politiques fascistes puissent être déconstruites trop rapidement.
Le mandat d’arrêt européen a été créé en 2004. Il était au départ créé pour permettre une coopération et une confiance mutuelle entre les systèmes judiciaires. Aujourd’hui, malheureusement, il contribue à servir des États qui mènent une lutte à l’antifascisme féroce et dévastatrice. Laurent Pasquet le rappelait d’ailleurs : le mandat d’arrêt européen devait s’affranchir de l’influence politique, mais est ici instrumentalisé par les politiques.

Nous sommes le 16 septembre et depuis février 2023, Gino est poursuivi pour les mêmes accusations. Il encourt 10 ans de prison. Son crime ? Avoir participé à une contre-manifestation néonazie, il y a 3 ans, et avoir légèrement blessé un néonazi. Des militant·es comme lui, il y en a 15. S’il était extradé en Allemagne, rien n’empêcherait ensuite un procès en Hongrie, où, et la cour d’appel de Paris l’avait bien souligné, il y a des risques de traitement inhumain en détention et l’incertitude quant à la possibilité d’un procès équitable.
Thomas Portes l’a d’ailleurs évoqué lors de cette conférence de presse, ayant rendu visite à Maja, militant·e antifasciste détenu·e en Hongrie : pas de possibilité de se laver, une heure de sortie par jour, aucun contact avec l’extérieur : les conditions de torture blanches sont réunies pour prouver que non, l’isolement d’un·e détenu·e en Hongrie n’est pas là pour protéger le détenu·e, contrairement à ce qui est défendu, mais au contraire pour lui ôter toute forme de dignité.
Le verdict pour Gino sera rendu le 30 septembre, ou au plus tard le 1er octobre. En attendant, le comité de soutien et les avocats de Gino continuent de se battre pour lui, et tous les autres. De nombreuses personnalités ont d’ailleurs signé des tribunes comme Annie Ernaux, Eric Vuillard… Alors Free Gino, Zaid, et Free all Antifas !




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