Obsession, c’est le nouveau film de Curry Barker, acteur-réalisateur qui s’impose depuis 2024 dans le cinéma d’horreur. Alors ça raconte quoi ? L’histoire d’un type, Bear, obsédé par Nikki depuis toujours. Un jour se présente l’occasion de réaliser un voeu : qu’elle l’aime à son tour plus que tout au monde…

Si l’obsession que Nikki développe au départ laisse sentir un malaise ambiant, on bascule très vite dans l’épouvante. En effet, si le vœu de Bear s’est réalisé, il dessine à la perfection l’envie de possession qu’a Bear, effaçant tout amour sain possible envers Nikki. Elle se retrouve sous l’emprise du désir de Bear, agissant contre sa volonté dans des agissements qui la dépassent.

Bear est totalement conscient de l’emprise qu’il a, mais ne s’en soucie pas. La seule chose qui l’intéresse est de posséder Nikki et d’assouvir un fantasme enfoui depuis des années en l’ayant sous son contrôle, en dépit de ses désirs et de sa volonté. S’il voit sa souffrance, qu’elle lui exprime d’ailleurs clairement dans un rare moment de lucidité, il décide de la nier, préférant l’avoir sous sa coupe.

L’amour est ici présenté comme un refus de reconnaître l’autonomie de Nikki. Elle n’est plus un être à aimer mais devient celle à retrouver, à recréer, à récupérer coûte que coûte.

L’amour comme prétexte à la domination

Que ce soit dans des scènes de sexe où Nikki est là corporellement seulement, car son esprit et son âme deviennent inexistants, ou dans la façon dont Bear rassure son entourage inquiet (et à raison), l’absence totale de considération pour le consentement définit Bear le plaçant comme un protagoniste qui aurait tout d’un incel aujourd’hui : parvenir à ses fins en dépit de tout consentement et respect de l’autre, poussé par une frustration accumulée qui s’érige (à tort évidemment), contre l’autre.

Bear cherche à posséder, mais n’aime aucunement. Il érige simplement Nikki en trophée, la réduisant à un objet de fantasme. Incapable d’accepter la perte, il refuse que la femme qu’il « aime » existe en dehors de son désir. L’amour n’est plus une relation entre deux individus libres, mais une revendication de contrôle sur l’autre.

Bear est un être détestable, un bourreau qui poursuit sa victime non pas car elle lui a fait du mal, mais car il refuse qu’elle s’échappe. Le refus de Nikki n’est plus perçu comme un droit, mais comme une offense.

La toxicité derrière le fantasme romantique

Ce schéma amoureux, ce n’est pas la première fois qu’il apparaît dans un film, c’est même assez courant. On le retrouve par exemple dans Vertigo, où un homme tombe amoureux d’une femme mais lorsqu’elle disparaît, il tente d’en transformer une autre pour qu’elle lui ressemble exactement… Autrement dit, il s’agit d’illustrer le fantasme masculin de fabriquer la femme idéale, tout l’inverse de l’amour, car l’amour parfait n’a jamais existé, et surtout on aime quelqu’un pour ce qu’il est, sans chercher à le changer.

Inde Navarrette porte le film à merveille, oscillant entre froideur glaçante et amour dévorant, et Curry Baker, qui semble s’imposer dernièrement comme un cinéaste phare de l’horreur, nous propose une œuvre imprévisible et profondément noire. L’angoisse se glisse de manière insidieuse, le film étant saupoudré d’un humour noir savamment dosé et surtout d’une réflexion pertinente sur les mécanismes de la toxicité au sein des relations amoureuses.

Pas besoin de s’y accrocher, on y glisse naturellement et l’univers et le rythme sonore utilisé par Baker nous rappellent qu’un moment de répit n’en est jamais vraiment un…

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